Décision éthique : ce que les bonnes actions passées ne garantissent pas

Une équipe reconnue pour son intégrité peut considérer qu’une exception mérite moins d’examen lorsqu’elle vient d’elle. La question managériale est précise : comment éviter que les bonnes décisions passées servent de justification à une dérogation présente ?
Ce que la littérature établit
Benoît Monin et Dale T. Miller (2001, Journal of Personality and Social Psychology) ont montré expérimentalement que l’occasion d’affirmer préalablement une position non discriminatoire pouvait faciliter l’expression ultérieure d’un jugement susceptible de paraître discriminatoire. Ces résultats portent sur des situations de jugement social, non sur des dérogations de conformité en entreprise. Ils établissent néanmoins qu’une manifestation préalable d’impartialité ne protège pas nécessairement le jugement suivant.
Quand le passé change la lecture du présent
Anna C. Merritt, Daniel A. Effron et Benoît Monin (2010, Social and Personality Psychology Compass) distinguent, dans une revue de littérature, deux mécanismes de licence morale. Les bonnes actions peuvent être traitées comme un crédit permettant un écart, ou comme des références qui rendent un acte ambigu moins suspect aux yeux du décideur. Dans le second cas, le problème n’est pas forcément de s’autoriser consciemment une faute, mais de ne plus lire la situation avec la même exigence.

La conclusion trop rapide
Il serait excessif d’en conclure que valoriser l’intégrité encourage les manquements. Ces travaux décrivent une possibilité conditionnelle, pas une dégradation inévitable après chaque bonne action. L’enjeu managérial consiste à empêcher qu’une réputation favorable remplace l’examen des faits, non à rendre cette réputation suspecte par principe. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que les données ne permettent pas de présumer
Les expériences citées ne mesurent ni la fréquence ni l’ampleur de ce phénomène dans les entreprises genevoises. La revue rassemble des situations variées, sans fournir de taux directement applicable à un comité d’investissement ou à une décision d’achat. Une justification fondée sur les mérites passés constitue donc un point à examiner, non un diagnostic de faute ou une preuve de biais.
Une implication pratique, vérifiable à Genève
Dans le cadre du programme « Prise de décision » de SHR, un exercice applicable à Genève consiste à examiner les prochaines demandes de dérogation : acceptation d’un client en banque privée, achat dans une organisation internationale, sélection d’un fournisseur en horlogerie de luxe ou arbitrage de contrepartie dans le négoce de matières premières. Pour chaque dossier, consigner le critère concerné, les éléments actuels justifiant l’exception et les éventuelles références aux mérites passés, puis demander à un second lecteur si la justification reste suffisante sans ces dernières. La mesure proposée est la proportion de dossiers dont la justification doit être complétée après cette relecture, sur l’ensemble des dossiers examinés. Ce relevé vérifie la solidité documentaire des décisions ; il ne mesure pas, à lui seul, la licence morale. Pour aller plus loin : découvrez la formation Prise de décision à Genève, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Prise de décision à Genève



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