Prioriser : faut-il privilégier les dossiers presque terminés ?

Terminer ce qui est presque achevé semble une manière raisonnable d'organiser sa journée. La question managériale est plus précise : la proximité de l'achèvement justifie-t-elle de faire passer un dossier devant un autre, moins avancé mais plus important ?
Ce que la littérature établit
Ran Kivetz, Oleg Urminsky et Yuhuang Zheng (2006, Journal of Marketing Research) montrent, notamment dans des programmes de fidélité, que l'activité s'accélère à mesure que les participants se rapprochent d'une récompense. Leurs résultats soutiennent l'hypothèse d'un gradient de but : la distance restante contribue à déterminer l'intensité de l'effort. Ils ne démontrent toutefois pas que les tâches professionnelles proches de leur terme méritent un rang supérieur.
Le progrès perçu peut lui-même mobiliser l'effort
Joseph C. Nunes et Xavier Drèze (2006, Journal of Consumer Research) montrent qu'une avance accordée artificiellement vers un objectif peut favoriser son achèvement, même lorsque l'effort restant est identique. Présenter un parcours comme déjà commencé n'est donc pas nécessairement équivalent à le présenter comme entièrement à entreprendre. Pour le management, cela suggère une vigilance : l'état d'avancement affiché pourrait peser sur l'allocation du temps indépendamment de la valeur du résultat.

La conclusion trop rapide
On pourrait en déduire qu'il faut systématiquement se méfier des dossiers presque terminés. Ce serait confondre un mécanisme de motivation avec une erreur de décision : achever un dossier peut libérer une dépendance, permettre une livraison ou éviter une pénalité réelle. La nuance consiste à justifier son rang par les conséquences de son achèvement, et non par la seule satisfaction de le clôturer. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que ces données ne permettent pas de décider
Ces études portent sur la poursuite d'objectifs dans des contextes de consommation, et non sur l'arbitrage entre dossiers professionnels concurrents. Elles n'établissent ni seuil d'avancement optimal ni règle universelle de séquencement du travail. En pratique, la mention « presque terminé » peut également masquer une validation incertaine : un pourcentage d'avancement ne remplace pas une description du travail restant.
Une implication pratique, vérifiable à Berne
Dans le programme « Gestion du temps & priorisation » de SHR — Swiss Human Resources, un exercice applicable à Berne consiste à examiner les décisions de priorité pendant deux semaines, qu'il s'agisse d'un dossier d'administration fédérale, d'une analyse de santé publique, d'une livraison télécom ou d'un lot de précision. Lorsqu'un travail passe devant un autre au motif qu'il est presque terminé, consigner le travail restant, la conséquence attendue de sa clôture et le dossier repoussé. Calculer ensuite la proportion de ces décisions accompagnées d'une conséquence explicite autre que « finir », puis vérifier à la fin de la période si cette conséquence s'est produite. Cette mesure ne prouve pas un gain de productivité ; elle permet de vérifier si la proximité de l'achèvement s'accompagne d'une justification opérationnelle documentée. Pour aller plus loin : découvrez la formation Gestion du temps & priorisation à Berne, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Gestion du temps & priorisation à Berne



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