Accompagner un changement : peut-on prévoir sa durée émotionnelle ?

Avant de modifier une organisation du travail, un responsable doit préparer l'accompagnement sans présumer de la manière dont chacun s'adaptera. La question utile est précise : quelle confiance accorder aux prévisions sur la durée de l'inconfort émotionnel suscité par ce changement ?
Ce que la littérature établit
Daniel T. Gilbert, Elizabeth C. Pinel, Timothy D. Wilson, Stephen J. Blumberg et Thalia P. Wheatley (1998, Journal of Personality and Social Psychology) montrent, dans les situations étudiées, une tendance à surestimer la durée des réactions affectives négatives. Leur explication porte notamment sur la sous-estimation des processus psychologiques qui permettent de donner du sens à un événement et d'en atténuer l'impact. Une prévision sincère de malaise durable n'est donc pas nécessairement une prévision exacte.
Le mécanisme : un événement occupe tout l'horizon
Timothy D. Wilson, Thalia Wheatley, Jonathan M. Meyers, Daniel T. Gilbert et Danny Axsom (2000, Journal of Personality and Social Psychology) examinent le rôle du « focalisme » dans cette surestimation. Lorsqu'une personne imagine son avenir à partir d'un événement, elle peut sous-estimer la place qu'occuperont les autres activités et expériences. Dans leurs expériences, attirer l'attention sur ces autres éléments réduit le biais de durée étudié.

La conclusion trop rapide
On pourrait en déduire que les collaborateurs finiront par s'habituer et qu'un accompagnement limité suffit. Ces travaux ne justifient ni cette assurance ni la minimisation d'une inquiétude exprimée : ils concernent des erreurs de prévision, pas l'innocuité des changements. Une surcharge persistante ou une perte réelle d'autonomie ne se réduit pas à une anticipation émotionnelle mal calibrée. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que les données ne permettent pas de promettre
Ces articles ne testent pas directement la capacité de responsables à prévoir les émotions de leurs équipes dans une réorganisation. Ils ne démontrent pas davantage qu'un programme d'intelligence émotionnelle améliore cette précision. Pour le programme « Intelligence émotionnelle » de SHR, leur intérêt est de fournir un objet de travail : distinguer l'écoute d'une émotion présente d'une hypothèse sur son évolution.
Une implication pratique, vérifiable à Lugano
À Lugano, une banque, une entreprise de mode ou de négoce, ou une PME familiale italophone pourrait tester cette distinction lors d'un changement limité de procédure, sans enjeu d'emploi. Avant sa mise en œuvre, les participants volontaires consigneraient, en italien si souhaité, leur inconfort anticipé pour chacune des quatre semaines suivantes sur une échelle de 0 à 10, puis leur inconfort effectivement ressenti à la fin de chaque semaine. La mesure serait l'écart absolu moyen entre prévision et vécu, calculé sur les réponses appariées et restitué uniquement sous forme agrégée protégeant l'anonymat. Ce contrôle servirait à ajuster le calendrier des échanges, non à évaluer les personnes ni à conclure qu'un inconfort persistant est injustifié. Pour aller plus loin : découvrez la formation Intelligence émotionnelle à Lugano, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Intelligence émotionnelle à Lugano



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