À Fribourg, quand une tâche paraît ne pas relever de son travail

Dans l'agroalimentaire, l'industrie bilingue ou les équipes du pôle universitaire fribourgeois, la polyvalence peut conduire à confier des tâches éloignées du métier initial. La question managériale est précise : comment distinguer une contribution collective nécessaire d'une attribution vécue comme une dévalorisation professionnelle ?
Ce que la littérature établit
Norbert K. Semmer, Nicola Jacobshagen, Laurenz L. Meier, Achim Elfering, Terry A. Beehr, Wolfgang Kälin et Franziska Tschan (2015, Work & Stress) examinent les « tâches illégitimes » : celles qui paraissent inutiles ou qu'il semble déraisonnable d'attribuer à une personne au regard de son rôle. Leurs résultats associent ces tâches à des indicateurs de tension psychologique et à du ressentiment envers l'organisation. L'enjeu n'est donc pas seulement la quantité de travail, mais aussi la légitimité perçue de sa répartition.
Le mécanisme : ce que l'attribution dit du métier
Le mécanisme proposé est celui d'une atteinte à l'identité professionnelle : une attribution peut être interprétée comme le signe que les compétences ou le rôle de la personne ne sont pas respectés. Dans une équipe industrielle bilingue, demander systématiquement à un spécialiste de traduire des documents sans reconnaître cette fonction pourrait ainsi être vécu autrement qu'une entraide ponctuelle. Il s'agit d'une hypothèse à vérifier avec l'équipe, non d'un diagnostic attaché à la traduction.

La conclusion trop rapide
On en déduirait trop vite qu'il faut supprimer toutes les tâches périphériques ou s'en tenir strictement aux fiches de poste. Une même tâche peut paraître légitime lorsqu'elle répond à une nécessité explicitée et être vécue comme déplacée lorsqu'elle est attribuée sans justification. Le caractère peu valorisant d'une activité ne suffit donc pas à établir son illégitimité, pas plus qu'une explication ne suffit à rendre acceptable une répartition durablement déséquilibrée. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que les données ne permettent pas de conclure
Ashley E. Nixon, Joseph J. Mazzola, Jeremy Bauer, Jeremy R. Krueger et Paul E. Spector (2011, Work & Stress) synthétisent les associations entre plusieurs facteurs de stress professionnels et les symptômes physiques, sans isoler les tâches illégitimes comme catégorie spécifique. Cette méta-analyse ne permet donc pas d'attribuer un symptôme à une tâche jugée déplacée, et les associations observées ne prouvent pas, à elles seules, la causalité. En pratique, ni une plainte individuelle ni l'absence de plainte ne remplacent l'examen des tâches réellement demandées et de leur contexte.
Une implication pratique, vérifiable à Fribourg
Dans le cadre du programme « Risques psychosociaux » de SHR, un exercice proposé consiste à relever pendant deux semaines, dans une équipe agroalimentaire, industrielle bilingue ou universitaire fribourgeoise, les attributions jugées inutiles ou éloignées du rôle, avec leur motif et leur fréquence. Le responsable examine ensuite chaque situation avec les personnes concernées et consigne une décision : supprimer, simplifier, réattribuer ou maintenir avec justification, en rendant celle-ci accessible dans les langues de travail de l'équipe. La mesure vérifiable est la proportion de situations examinées ayant une décision documentée, complétée un mois plus tard par la vérification de son application ; elle mesure le traitement organisationnel du problème, non un effet démontré sur la santé. Pour aller plus loin : découvrez la formation Risques psychosociaux à Fribourg dans le canton de Fribourg, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Risques psychosociaux à Fribourg



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