Prise de parole : expliciter l’incertitude fait-il perdre la confiance ?

Devant un comité de direction, une fourchette peut sembler moins convaincante qu’un chiffre unique. La question managériale est précise : comment présenter une estimation incertaine sans affaiblir inutilement la confiance, ni laisser croire à une certitude inexistante ?
Ce que la littérature établit
Anne Marthe van der Bles, Sander van der Linden, Alexandra L. J. Freeman et David J. Spiegelhalter (2020, Proceedings of the National Academy of Sciences) ont étudié expérimentalement les effets de la communication d’incertitude sur la confiance dans des faits, des nombres et leurs sources. Présenter une incertitude numérique sous forme d’intervalle n’entraîne généralement qu’un faible coût de confiance, lorsqu’un coût apparaît. Dans leurs expériences, les formulations verbales de l’incertitude peuvent être plus pénalisantes que les intervalles numériques : reconnaître une limite n’équivaut donc pas mécaniquement à se discréditer.
Ce que recouvre le mot « incertain »
Anne Marthe van der Bles, Sander van der Linden, Alexandra L. J. Freeman, James Mitchell, Ana B. Galvao, Lisa Zaval et David J. Spiegelhalter (2019, Royal Society Open Science) distinguent notamment l’incertitude portant sur une estimation de celle portant sur la qualité des connaissances qui la fondent. Une fourchette décrit la première, mais ne renseigne pas nécessairement sur la seconde. Pour l’orateur, l’enjeu est donc de préciser si la réserve concerne la valeur annoncée, les données disponibles ou les hypothèses retenues.

La conclusion trop rapide
On pourrait en déduire qu’il suffit d’ajouter une fourchette pour rendre une présentation plus crédible. Ces travaux ne démontrent ni un gain automatique de crédibilité, ni une amélioration systématique des décisions. Un intervalle sans justification peut lui aussi donner une apparence de rigueur à une prévision fragile. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que les données ne permettent pas de promettre
Les expériences citées ne constituent pas un test direct d’une prise de parole devant un comité bancaire ou la direction d’une entreprise familiale. Elles ne permettent pas d’isoler ce que changeraient la relation hiérarchique, les intérêts commerciaux ou un échange contradictoire en italien. Surtout, préserver la confiance ne prouve pas que le public a compris l’incertitude : il faut mesurer séparément ces deux résultats.
Une implication pratique, vérifiable à Lugano
Dans le programme « Public Speaking & impact » de SHR, un exercice à Lugano peut porter sur une prévision de marge en banque, de ventes dans la mode, de livraison dans le négoce ou d’investissement dans une PME familiale italophone. Répartir aléatoirement les participants entre deux versions italiennes de la même présentation, de durée identique : l’une donne seulement l’estimation centrale, l’autre ajoute une fourchette justifiée et la principale limite des données. Recueillir ensuite, sans concertation, une appréciation de confiance sur une même échelle et une reformulation écrite de ce qui reste incertain. Comparer la confiance et la proportion de réponses identifiant correctement la limite annoncée permet de vérifier un résultat local, sans le transformer en règle universelle. Pour aller plus loin : découvrez la formation Public Speaking & impact à Lugano, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Public Speaking & impact à Lugano



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