Adoption de l’IA : faut-il figer les procédures ?

Une équipe qui introduit l’IA doit décider ce qu’elle standardise, sans supposer que tous les cas de travail se ressemblent. La question managériale est précise : comment fixer une procédure commune tout en rendant visibles les situations qui exigent son adaptation ?
Ce que la littérature établit
Martha Feldman et Brian Pentland (2003, Administrative Science Quarterly) distinguent la représentation générale d’une routine de ses réalisations concrètes, accomplies par des personnes dans des situations particulières. Leur analyse montre pourquoi une routine peut être une source de stabilité, mais aussi de changement. Appliquée à l’IA, cette distinction invite à ne pas confondre l’existence d’un mode opératoire avec la régularité du travail effectivement réalisé.
L’outil ne détermine pas seul la pratique
Wanda Orlikowski (1992, Organization Science) propose un modèle dans lequel la technologie est à la fois façonnée par l’action humaine et engagée dans la structuration de cette action. Les conditions organisationnelles et les usages contribuent ainsi à expliquer ce qu’un même outil devient au travail. Pour le management, cela suggère qu’un paramétrage identique ne garantit pas une pratique identique.

La conclusion trop rapide
On pourrait en déduire qu’il faut laisser chacun adapter librement l’usage de l’IA. Ces travaux ne justifient pas cette conclusion : reconnaître la variabilité des pratiques ne revient pas à rendre toutes les variations acceptables. Dans une activité réglementée, une adaptation peut devoir être examinée et approuvée avant toute mise en œuvre ; l’enjeu est de distinguer l’exception à instruire du contournement à interrompre. (nos formations pour cadres et collaborateurs)
Ce que ces travaux ne permettent pas de promettre
Ces articles sont antérieurs à l’IA générative et proposent principalement des cadres théoriques, étayés par des analyses organisationnelles. Ils n’établissent ni le degré optimal de standardisation d’un usage de l’IA, ni un effet causal sur sa qualité. Une procédure documentée ne constitue donc pas, à elle seule, une preuve de maîtrise ; inversement, un écart observé ne prouve pas que la procédure est mauvaise.
Une implication pratique, vérifiable à Bâle
Dans le cadre du programme SHR « Conduire l'adoption de l'IA dans son équipe », une application proposée à Bâle consiste à suivre, pendant deux semaines, un usage autorisé et circonscrit, par exemple la préparation d’une synthèse à partir de documents non sensibles. Dans une équipe de pharma, de sciences de la vie, de logistique rhénane ou de R&D internationale, chaque cas serait consigné en indiquant si la procédure suffit ou si une adaptation est demandée, sans modifier les contrôles obligatoires. La mesure serait la proportion de cas nécessitant une adaptation, calculée sur l’ensemble des cas consignés et vérifiable à partir du registre, avec le motif et la décision du responsable habilité. Ce relevé ne mesure pas la performance de l’IA : il permet de vérifier si la procédure commune couvre le travail rencontré, avant de l’étendre. Pour aller plus loin : découvrez la formation Conduire l'adoption de l'IA dans son équipe à Bâle dans le canton de Bâle-Ville, ou parcourez nos formations pour cadres et collaborateurs en Suisse.
En images : Conduire l'adoption de l'IA dans son équipe à Bâle



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